Plaintes d’écrivains

Tout est dit, et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent. Sur ce qui concerne les mœurs, le plus beau et le meilleur est enlevé ; l’on ne fait que glaner après les anciens et les habiles d’entre les modernes. La Bruyère (1696)

La plupart des livres d’à présent ont l’air d’avoir été faits en un jour avec des livres lus la veille. Chamfort (1770)

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. S. Mallarmé (1865)

Il est de bon ton aujourd’hui de proclamer haut et fort, et très vite, que le roman est mort, avant de proposer le sien. Les écrivains se sont toujours plaints de la mort de la littérature, comme en témoigne ces quelques citations que j’adore. Coquetterie bien sûr!

Car le roman que tu écriras, la littérature à venir, est comme Rimbaud pour Verlaine. Verlaine qui répond à la première lettre du poète de 17 ans : Venez,venez vite chère grande âme… On vous désire, on vous attend !

Parle-t-il du garçon rebelle de Charleville-Mézière ou des poèmes hallucinés et fulgurants qu’il va produire, le temps si court de sa jeunesse?

Incipit 2

« La première fois qu’Aurélien vit Bérénice il la trouva franchement laide. Elle lui déplut. Enfin, il n’aima pas comment elle était habillée. »

Louis Aragon Aurélien

 « Je forme une entreprise qui n’eût jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi.»

Les confessions Jean-Jacques Rousseau

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. »

Paul Nizan Aden Arabie

 « Le mieux serait d’écrire les évènements au jour le jour. Tenir un journal pour y voir clair. Ne pas laisser échapper les nuances, les petits faits, même s’ils n’ont l’air de rien, et surtout les classer. »

La Nausée JP Sartre

« Ca a débuté comme ça. Moi, j’avais rien dit. Rien. C’est Arthur Ganate qui m’a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade. »

Voyage au bout de la nuit LF Céline

« Il m’eût suffi, pour être bonne, d’avoir les parents vertueux et craignant Dieu que le Seigneur m’avait fait la faveur de me donner, n’eût été ma vilénie. »

Thérèse d’Avilla Autobiographie

 « Pendant de nombreuses années, j’ai soutenu que je pouvais me rappeler des choses vues à l’époque de ma naissance. »

Yukio Mishima Confession d’un masque

 Et cette longue citation du tout début du sublime Journal d’Hélène Berr : « Et la joie m’a inondée, une joie qui venait confirmer ma confiance,  qui s’harmonisait avec le joyeux soleil et le ciel bleu tout lavé au-dessus des nuages ouatés. Je suis rentrée à pied, avec un petit sentiment de triomphe à la pensée de ce que les parents diraient, et  l’impression qu’au fond l’extraordinaire était le réel. »

 

« Dans les premiers jours de juillet, par une chaleur torride, un jeune homme sortit, vers la fin de l’après-midi, de la petite chambre qu’il occupait, ruelle S., et lentement, l’air indécis, se dirigea vers le pont K. »

Crime et châtiment Dostoievsky

« Au printemps, c’est l’aurore qui me charme. »

Notes de chevet Sei Shonagon

« C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. »

Salammbô Flaubert

« Un jour, j’étais âgée déjà, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. » L’amant, Marguerite Duras

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »

L’Etranger Albert Camus

 

Lili, tu vas me dire :

Mais Papa, il manque cet incipit que tu aimais tant nous citer. Tu avais même une montre où il était inscrit.

-La phrase la plus courte de Proust, peut-être ?

– C’est cela !

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure ».

-Oh Oui !

-excellent début pour parler de l’insomnie d’un homme qui repense au temps passé, le Temps perdu.

Je n’ai jamais lu Jean Genet. Aurais-je le temps de lire tout ce que je désire ? Je l’espère tant. L’incipit du Journal d’un Voleur est superbe, avec sa grammaire tordue.

« Le vêtement des forçats est rayé rose et blanc. Si, commandé par mon coeur l’univers où je me complais, je l’élus, ai-je le pouvoir au moins d’y découvrir les nombreux sens que je veux : il existe donc un étroit rapport entre les fleurs et les bagnards. La fragilité, la délicatesse des premières sont de même nature que la brutale insensibilité des autres. Que j’aie à représenter un forçat – ou un criminel – je le parerai de tant de fleurs que lui-même disparaissant sous elles en deviendra une autre, géante, nouvelle. »

 

Quand se posa la question d’une « décoration » des murs de la Maison des Adolescents de Strasbourg dont je conduisais la naissance, d’aucuns, dont moi, proposèrent une intervention plus artistique. Sachant que nous n’avions pas les moyens de nous payer Misstick, Banksi ou JR, et que mes financeurs n’en connaissait certainement aucun d’eux et les auraient détestés s’ils les avaient connus, je craignais plus que tout de la laideur et de l’indigence trop souvent réservée à ce genre d’intervention confiée à la fille de machin qui a fait les Beaux-Arts ou à un graffeur crapuleux d’un « quartier » dont on veut diminuer la délinquance, Je me fis violence pour dépasser ma timidité et dire que modestement, mais depuis longtemps, je jouais avec les mots pour en faire des livres, des expositions, des phrases inscrites… et proposer un projet.

Il fut accepté avec un certain enthousiasme qui me toucha, dont l’absence de coût ne fut pas étranger à l’approbation.

Il s’agissait d’inscrire sur les murs d’une Maison de l’Adolescence, des incipit de Roman d’Initiation. Les premiers mots organisés, réfléchis, de romans parlant de cet âge de tous les possibles, l’adolescence.

J’ai voulu ces textes sans commentaire, sans « explication de texte », tout au plus le nom de l’auteur. Le texte, les mots seuls, que l’on lit machinalement en attendant son rendez-vous, vers lesquels on cherche refuge du regard au cours d’un entretien qui devient trop lourd, des mots qui déconcertent par leur présence brute quand vous poussez la porte de ce lieux atypique où adolescents bien sûr, mas aussi parents désemparés, professionnels en recherche, peuvent rentrer et s’assoir.

 

Le choix que j’ai effectué, après des recherches aussi jubilatoires que fébriles, discussions avec mes amis, avis sans avis des financeurs, balaie le temps et le monde. L’accueil est barré par la phrase de Duras, car l’adolescent s’en approche comme cet homme, timidement, en attente et en désir ; le coin repos, un peu sombre, s’illumine de l’incipit de l’adolescente espiègle que fut, il y a mille ans, Sei Shonagon ; la grande salle porte en rouge sur fond rose la terrible phrase du début de Crime et Châtiment pour rappeler à tous que l’adolescence est une zone de dérives mortelles que notre devoir est de prendre en charge ; enfin Aragon et la violence du désir naissant entre Aurélien et Bérénice se lit dans les transparences de notre lieu de rencontre.

Dans un coin, tout au plus, sur un carton signé de mon nom, je donnais le sens de ces textes. Il fut remplacée par l’affiche incendie obligatoire et ma présence du projet s’effaça. Qu’importe au fond, je ne fus qu’un passeur, seuls les textes comptent.

Incipit

L’incipit est l’appât qui cache l’hameçon qui va ferrer le lecteur. Il ne faut pas le rater.

Un bon incipit, et hop, tu l’attrapes. Ca y est il a mordu, intrigué, salivant devant la phrase, avide de la suite… Alors tu laisses filer la ligne, il se plonge, s’avance dans le texte, et là il est pris, définitivement. Tu n’as plus qu’à déplier le fil de ton histoire, comme on mouline pour remonter le poisson. (Car ton histoire, tu ne fais que la rembobiner, puisque toi seule en connaît la fin.)

Bibliothèques 2

 

Dans Penser/Classer de Georges Perec on trouve un texte que j’adore, rien que pour son titre : Note brève sur l’art et la manière de ranger les livres. Au fur et à mesure de l’accroissement de ma bibliothèque, au grès de mes déménagements, mon système pour ranger les livres c’est plus ou moins fixé. Il procède, comme le fait remarquer Perec, de plusieurs points de vues, à la fois spatiaux et pratiques, dépendant de l’ouvrage lui-même, de sa collection, de sa taille, de la temporalité son écriture, de son origine, de son genre, du lieu où j’habite, de la lumière.

Dans la pièce dite, bibliothèque, ou dans le salon s’il est équipé de ce meuble, je range les romans avant tout. Les ouvrages d’art se retrouvent souvent dans le hall ou les couloirs, les ouvrages dits professionnels, psy ou autre, dans mon lieu de consultation pour la plus part. Certains trainent de ci de là, sans réelle place.

Les livres de recettes sont à la cuisine, les revues un peu partout, et aux toilettes, je range en ce moment les guides de voyage et les livres consacrés à la Suisse.

Les romans sont classés par langues et origine. D’abord la littérature française, où les livres sont regroupés par siècle, avant le XVIIeme, XVIII, XIX ; XX et XXIème étant regroupés. Ensuite, ils sont classés par ordre alphabétique dans chaque siècle. Le rangement débute par le haut de la bibliothèque de telle façon que le XIX et le XXème siècle se retrouvent à la hauteur de mes yeux. Ensuite je range les romans de langues anglaise, allemande, italienne, espagnole, russe, japonaise puis chinoise. Par ordre alphabétique parfois. Il existe une rubrique finale pour les langues dont je ne possède que peu de représentants. Le turc, Pamuk, se retrouve à côté du suédois, Carl-Henning Wijkmark ou du norvégien, Knut Hamsun, et de ceux dont il m’est difficile de déterminer l’origine ; ainsi l’ Eloge des Femmes Mûres de Stephen Vizinczey est certes écrit par un hongrois, mais en langue anglaise et fut publié au Canada.

Echappe à cette règle un rayon Proust qui regroupe une édition en folio de La Recherche, (celle en Pléiade restant dans le rayon Pléiade) d’autres livres de Marcel, des essais, des livres de photo, et un rayon L.F.Céline qui répond à la même logique.

Cependant sont exclus de cet ordre : les romans policiers et de science-fiction (rangés tout en haut de la bibliothèque), les Pléiades, regroupés ensemble, comme les Portiques, en général rangés pas très loin, les éditions rares, originales, (pas si nombreuses que cela et formant un ensemble assez disparate qui me chagrine), les livres qui ne rentrent pas dans l’espace des étagères  (les cahiers de L’Herne par exemple ne sont pas avec l’auteur auquel ils sont consacrés).

Sont aussi à part, les livres que je n’ai pas encore lus, ce que je viens de lire et que je n’ai pas rangés, ceux que l’on m’a prêté et que j’espère un jour rendre à leur propriétaire, s’il les réclame, ceux dont je veux me débarrasser, soit parce que je ne l’ai pas aimé, soit car je le possède déjà et acheter par mégarde en double.

Les essais littéraires et la poésie sont sur leurs propres rayons, et jouxtent étrangement la philosophie et la photo, qui est à part du reste des livres d’art et d’architecture.

Autre exception, le rayon japonais où se côtoient non seulement des romans mais aussi des essais, des anthologie de Haïkus, des ouvrages techniques sur l’art, des dictionnaires et même une méthode d’apprentissage de la langue en deux tomes dont je n’ai suivi que les deux premières leçons.

Les ouvrages sur le cinéma sont classés à part ; comme les dictionnaires, rangés avec les traités de rhétorique, de ponctuation, les ouvrages sur l’iconographie, des Saints, de la Bible, des Monstres…

Il y a un « enfer ». Il est perché tout en haut et caché par des livres qui ne m’intéressent pas mais dont je n’arrive pas à me défaire.

 

Que lire cet été?

Tout libraire digne de ce nom propose aujourd’hui, sur de belles tables, bien en évidence, son choix pour l’été. Passe à Quai des Brumes, et regarde, tourne des pages, sent l’encre des livres, caresse le papier, lit les notules rédigées par nos amis libraires… La rencontre a lieu, le désir du livre se précipite, tu as déjà envie de regagner ton lit, de trouver une terrasse, pour lire la suite.

Et puis l’été, c’est le moment idéal pour lire tout et pas tout à fait n’importe quoi, pour lire trois livres en même temps,  pour lire d’affilé, sans un souffle et sans sommeil, pour passer du Comte de Monte-Cristo à Belle du Seigneur, de tous les Tintin aux Misérables, de 1Q84 de Murakami à un livre de cuisine végane.

C’est le moment idéal pour lire un traité d’ornithologie, qui te rendra savante, Le Guide Glénans, et tu seras marin, le répertoire des sous-prefecture de France ou un manuel de céramique, pour le plaisir d’une poésie un peu absurde… De lire de la philosophie, même sans rien y comprendre.

De lire tous les livres que tu trouveras chez les bouquinistes dont le titre contient le mot été. en commençant par Duras, dix Heures et demi du Soir en Eté, Shakespeare, Le Songe d’une Nuit d’Eté… 

Ou  le mot VacancesLes Vacances du Petit Nicolas, Sempé et Goscinny, Les Vacances de Maigret (j’adore ce livre), de Simenon, Deux ans de Vacances, Jules Verne…

Pour lire Bonjour Tristesse de Sagan car cela se passe l’été, comme Dimanche d’Août de Modiano.

Lire la Trilogie Lyonnaise de René Beletto, –Le Revenant, Sur la Terre comme au Ciel, l’Enfer,- car il y’a des pages superbes sur la ville écrasée par le soleil, dans une atmosphère de polar, un peu de fantastique, avec une pointe d’humour. De quoi te plaire!

Sud Amérique

Comme tout adolescent de ma génération, j’ai dévoré Cent ans de Solitude de Gabriel Garcia Marquez. Je ne garde que le souvenir absolument jubilatoire de la lecture, je ne pourrais rien te dire de l’intrigue. Même si je suis certain que quelque part dans ma mémoire le livre s’est à jamais imprimé, je suis triste comme quand on brise un objet qui nous était cher, que l’on perd un bijou sentimentalement marqué. Bien entendu, je pourrais le relire comme l’objet peut être racheté, le bijou reconstruit à l’identique. Mais ce ne sera jamais le même, l’objet sera sans âme, le bijou éternellement terne, et Gabriel Garcia Marquez me paraîtra être un écrivain génial, un prix nobel mérité,un livre indispensable… rien de plus… La magie se sera effacé en comblant le vide du souvenir… (Je me souviens juste que certaines circonstances sexuelles, probablement interdites, faisait naitre des enfants avec des queues de cochons.)

Les deux autres piliers de la littérature sud-américaine sont l’argentin Borges et le péruvien Mario Vargas Llosa.

Je ne sais plus si c’est Michel qui m’a poussé à lire Borges ou si je l’avais découvert avant notre amitié. Mais je ne pouvais ensuite ne pas le lire et surtout l’aimer, tant Michel le vénérait et me transmit sa passion.

Tu te souviens que son fils aimait moquer Michel de l’incipit du livre très savant qu’il lui avait consacré : « Ce siècle est borgésien. » Une gentille moquerie, car comme Michel l’écrit, Borges à l’égal de Proust, Kafka ou Joyce a changé le cours de la littérature,  a ouvert des voies inédites. Des voies qui ressemblent aux chemins d’Eicher, ce graveur allemand où les escaliers qui descendent d’une tour finissent par arriver à son sommet.

Borges promène son regard aveugle sur les livres, – car il était vraiment devenu aveugle, ce qui permet à moultes écrivains de s’enorgueillir, sans qu’on en sache vraiment la véracité, d’avoir été un des nombreux « lecteurs » de Borges, (Borges se faisait lire des livres).

Il a écrit des nouvelles étranges, Fictions, L’Aleph. De petites merveilles d’intelligence malicieuse, avec leur mise en abime littéraire et une écriture ciselée.

Et puis c’est court ! Rien que pour cela, il serait ridicule de bouder le plaisir de les lire. Tu noteras que Zafon, celui de l’Ombre du Vent, rend hommage au maitre argentin, bibliothécaire aveugle de Buenos Ares qui écrivit tant sur des bibliothèques imaginaires.

 

Dans le bureau de Michel, il y avait cette photo touchante où on le voyait en compagnie d’un vieux monsieur, « Bioy » comme il aimait le nommer. Adolfo Bioy Casares, le playboy des lettres argentines, l’ami de Borges, photographié lorsque celui-ci fit le long voyage de Buenos Aires pour venir à Grenoble, et y recevoir son titre de Docteur Honoris Causa.

En 1940, Bioy publie un étrange roman fantastique qui intriguera des génération de lecteurs : L’invention de Morel. Je t’invite à le lire, histoire de comprendre que Stephen King, c’est quand même le hamburger de la littérature. (Tu sais que je ne crache pas sur un macDo, mais il existe des plats plus raffinés.)

Michel me transmit sa passion de la littérature argentine en me faisant découvrir Cesar Aira, en chair et en encre. Cesar, son ami, dont il a traduit tous les livres, avec qui tu as eu le privilège d’être prise en photo, encore toute petite. Cesar demandait souvent de tes nouvelles à Michel quand celui-ci, quittant sa tanière protectrice, partait aux antipodes vers l’Argentine. Je pense qu’il te trouvait drôle, espiègle, ou simplement, il sentait combien Michel et Ana t’aimaient. Je crois même que tu apparais  dans un de ses livres de manière fugace… Tu ne peux donc que lire ce grand type fantasque, juvénile et solaire dont les romans sont à son image.

 

Comment suis-je un jour tombé sur le livre de Mario Vargas Llosa, Tante Julia et le scribouillard, je n’en ai plus le souvenir. Ta grand-mère te dirait certainement que c’est ELLE qui me l’a fait connaître, alors que je suis persuadé que ce fut l’inverse. Impossible de savoir car je n’ai plus le livre pour y déceler quelques indices ; à l’époque, Etudiant, je n’avais pas trop d’argent et je lisais les livres de la bibliothèque. Je sais que nous avons tous deux, ma mère et moi, adoré ce roman, drôle, enlevé. Quelques années plus tard, dans une indifférence critique générale, une adaptation cinématographique pas si mauvaise que ça en a été donnée. Avec Peter Falk, l’inspecteur Colombo, dans le rôle du scribouillard.

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