Thébaïde

J’aimerai faire, en ce temps confiné, du clos de ma pauvre maison, non plus une prison, mais bien un ermitage. Un havre, une cabane de moine, un phare du bout du monde…

Un lieu où les livres, choisis avec soin et sans exclusive, m’apporteront apaisement, réflexion et fantaisie, et me protégeront du bruit et de la fureur du monde.

Confinement ! Suite

Tout d’abord, Lili, j’ai oublié dans ma liste Pandémie ! un classique que je souhaite lire depuis longtemps, Giono, Le Hussard sur le Toit… (Je crois même qu’il existe une adaptation cinématographique, pas mauvaise, par J.-P. Rappeneau.)

Ensuite voici quelques textes pour apaiser ton triste sort :

Voyage Autour de ma Chambre Xavier de Maistre  https://books.google.ch/books?id=TXoGAAAAQAAJ&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=false un petit bijou à découvrir.

Robinson Crusoé Daniel Defoë. L’original… A lire et à relire

La Prisonnière Marcel Proust parce que tu n’es pas obligée de lire toute La Recherche pour te délecter de Marcel et de sa jalousie maladive.

A Rebours Joris-Karl Huysmans …il est temps de classer ta bibliothèque.

En famille, le confinement n’est pas sans conséquence. Le Robinson Suisse de Johann David Wyss https://books.google.ch/books?id=9msOAAAAQAAJ&dq=robinson%20suisse&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q=robinson%20suisse&f=false  Nous en donne la version optimiste et bienpensante ; Shinning de Stephen King, ce qui risque d’arriver au bout d’un certain temps.

Enfin, il est toujours temps de relire ma liste : Récits de voyages et livres d’aventure que l’on lit bien protégé, chez soi, au fond de son lit forcément douillet.

Années 80

Quand je cherche « années 80 » sur wikipédia, je peux connaître la liste des playmates, celle des films, et des stylistes de mode, ( Ah Jean-Paul Gauthier, notre idole à tous les deux), de tout pratiquement… Mais la rubrique culture ne contient aucune littérature ! Mauvaise décennie pour les écrivains ? Je me souviens pourtant de livres géniaux :

Le Roi des Aulnes Michel Tournier France

L’amant Marguerite Duras

Le tambour Volker Schlöndorff Allemagne

Les versets sataniques Salman Rushdie Angleterre

Confinement

Te voila donc confinée!  Quelle chance Lili, tu vas pouvoir lire à coeur perdu.

Outre ma liste, toujours d’actualité, que lire en prison, (septembre 2018), car le confinement n’en est pas loin, et au-delà de Proust que tous les journalistes recommandent en gloussant en ce moment (« on se moque, Proust c’est vraiment trop chiant… tout sauf ça, plutôt revoir l’intégrale de Friends« ), autant s’évader de cette atmosphère de fin du monde avec :

Les Milles et Une Nuits Bien sûr!  qui d’autre que Shérazade sait faire oublier le temps qui passe?

Manuscrit Trouvé à Saragosse. Roman culte écrit en français à la fin du XVIIIème siècle par un comte polonais, Jean Potocki dans un esprit oriental, plein de tiroirs et chausse-trappes.

Pourquoi ne pas tenter Le Dit Du Gengi de Murasaki Shikibu, premier roman feuilleton de l’histoire de la littérature, (et certainement le premier roman d’une femme écrivain), qui passionna la Cour de Heian, au Japon de l’an 1000. Toute les semaines,  d’aucun attendait avec ferveur le nouveau chapitre de la dame de cour de l’impératrice, le faisant immédiatement recopier pour le passer à son voisin, et sa voisine surtout.

Et puis Lili, tu peux aussi suivre l’exemple du moine Kamo No Chômei : Lorsque d’aventure les invocations me pèsent, la lectures de Ecritures manque d’entrain, à mon gré je me repose, à mon gré je flâne. (Note de ma Cabane de Moine, magnifique  tout petit texte, une sorte de poème en prose, sur l’impermanence des choses)

Noms de pays : le nom

 

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Titre énigmatique et chatoyant de la troisième partie d’un Amour de Swann qui m’évoque la sobriété janséniste de ce nom de village croisé dans la Vallée de Joux. Rude comme le paysage hivernal, uniformément d’un blanc silencieux, de cette vallée , précis comme les paysans-horlogers qui l’habitent encore.  Le Lieu. Non loin de Le Pont et Le Sentier !

Nous sommes tous comme Proust, certainement toi aussi, Lili ; la simple lecture des noms de lieux suscite une rêverie emplie d’images, de bruits, d’odeurs. Proust rêvait de Balbec, ville imaginaire, et de Florence, ville rêvée. Megara, faubourg de Carthage, dans les jardin d’Hamilcar, et c’est l’Orient de bruits et de fureur, de poussières et de crimes, de senteur de musc et de sang qui s’anime.

Comme lui, je pensais Parme d’un violet subtile. Je n’ai vu qu’une ville bruyante sans couleur particulière…

Là, au Lieu,  j’imagine des fermes habités de paysans taiseux, penchés dans la lumière froide d’un matin d’hiver sur des mécanismes  minuscules et qui prennent leurs lourds vêtements de laine sombre pour se rendre à des cultes où résonne un Dieu aussi terrible qu’implacable. Des maisons épaisses forgées pour la rudesse de la nature avec ses rangées de fenêtres givrées pour éclairer l’établi.

Les écrivains aiment inventer des lieux, et parfois ces lieux prennent existence. Au 221 Baker Street de Londres, tu pourras visiter la Maison de Sherlock Holmes. Et lors de mon premier voyage à Paris, j’ai bassiné mes parents pour aller Boulevard Richard Lenoir, voir où habitait Maigret.

Pour revenir à Proust, la puissance de son oeuvre à fait que le modeste village de Illiers s’appelle depuis 1971, Combray, le lieu imaginaire de la Recherche. Quand à Ferney-Voltaire, petite ville frontalière de Genève, elle se nomme ainsi tout simplement car l’affreux Voltaire y habita ! (Affreux pour avoir si mal traité ce grand fou génial de Rousseau).

Plus étrange encore, Le Plessis-Robinson prit ce nom au XIXème siècle après qu’un restaurateur, inspiré par les Robinsonnades ( celui de Defoë et le Robin Suisse) équipa sa guinguette de cabanes dans les arbres, rapidement suivis par d’autres.

Il y a certainement plein le monde de lieux que les écrivains ont créés et qui de leur imagination sont devenus réels. un jour j’en ferai la liste.

Pandémie !

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puis qu’il faut l’appeler par son nom),

Capable d’enrichir en un jour l’Archeron,

Faisoit aux animaux la guerre.

Ils ne mourroient pas tous, mais tous estoient frappez.

La Fontaine ouvre le tome deux de ses Fables par ce texte, prémonitoire s’il en est. Même si le propos, (et la morale : Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir), qui demeure lui aussi d’une puissante actualité, est avant tout terriblement politique,  ne payons nous pas en ce moment « les crimes de la terre » : croissance folle, échanges vertigineux de marchandises inutiles, tourisme qui a tué le voyage ?

En ces temps de pandémie, tu te demandes certainement quoi lire si tu retrouves en quarantaine. C’est bien pour cela que je reprends le fil de ce blog laissé en jachère pendant près d’une année.

La pandémie est un thème classique de romans souvent sans consistance, mais non sans zombis, de science-fiction. La liste est aussi longue qu’ennuyeuse.

Robin Cook, le spécialiste américain du polar médical, à ne pas confondre avec son homonyme, romancier anglais de polars venimeux et vigneron français un temps, à la casquette aussi vissée sur le chef que la clope à son bec, prématurément disparu, et qui, un soir passé à parler de Jack l’éventreur en buvant des bières, m’écrivit cette dédicace en un français malgré tout meilleur que mon anglais : Hugues, ça me fait toujours plaisir rencontrer un lecteur fidèle, bien à toi. Robin. Grenoble le 15.X.1988 ; Robin Cook , l’autre donc, a écrit en 2018, Pandémie. Un succès sans soucis, certainement déjà acheté par les Major d’Hollywood, pour un livre médiocre de l’avis de ses lecteurs.

Une quarantaine, quelle aubaine ! Tu vas pouvoir relire La Peste d’Albert Camus, découvrir Le Journal de l’Année de la Peste de  Daniel Defoë, (j’ai adoré), L’Amour au Temps du Choléra de Gabriel Garcia Marquez !

Quant à Robin Cook, le doué, dandy anglais, ex-truand, à l’écriture acérée, lis donc Comment Vivent les Morts ou Les Mois d’Avril sont Meurtriers.