Noms de pays : le nom

 

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Titre énigmatique et chatoyant de la troisième partie d’un Amour de Swann qui m’évoque la sobriété janséniste de ce nom de village croisé dans la Vallée de Joux. Rude comme le paysage hivernal, uniformément d’un blanc silencieux, de cette vallée , précis comme les paysans-horlogers qui l’habitent encore.  Le Lieu. Non loin de Le Pont et Le Sentier !

Nous sommes tous comme Proust, certainement toi aussi, Lili ; la simple lecture des noms de lieux suscite une rêverie emplie d’images, de bruits, d’odeurs. Proust rêvait de Balbec, ville imaginaire, et de Florence, ville rêvée. Megara, faubourg de Carthage, dans les jardin d’Hamilcar, et c’est l’Orient de bruits et de fureur, de poussières et de crimes, de senteur de musc et de sang qui s’anime.

Comme lui, je pensais Parme d’un violet subtile. Je n’ai vu qu’une ville bruyante sans couleur particulière…

Là, au Lieu,  j’imagine des fermes habités de paysans taiseux, penchés dans la lumière froide d’un matin d’hiver sur des mécanismes  minuscules et qui prennent leurs lourds vêtements de laine sombre pour se rendre à des cultes où résonne un Dieu aussi terrible qu’implacable. Des maisons épaisses forgées pour la rudesse de la nature avec ses rangées de fenêtres givrées pour éclairer l’établi.

Les écrivains aiment inventer des lieux, et parfois ces lieux prennent existence. Au 221 Baker Street de Londres, tu pourras visiter la Maison de Sherlock Holmes. Et lors de mon premier voyage à Paris, j’ai bassiné mes parents pour aller Boulevard Richard Lenoir, voir où habitait Maigret.

Pour revenir à Proust, la puissance de son oeuvre à fait que le modeste village de Illiers s’appelle depuis 1971, Combray, le lieu imaginaire de la Recherche. Quand à Ferney-Voltaire, petite ville frontalière de Genève, elle se nomme ainsi tout simplement car l’affreux Voltaire y habita ! (Affreux pour avoir si mal traité ce grand fou génial de Rousseau).

Plus étrange encore, Le Plessis-Robinson prit ce nom au XIXème siècle après qu’un restaurateur, inspiré par les Robinsonnades ( celui de Defoë et le Robin Suisse) équipa sa guinguette de cabanes dans les arbres, rapidement suivis par d’autres.

Il y a certainement plein le monde de lieux que les écrivains ont créés et qui de leur imagination sont devenus réels. un jour j’en ferai la liste.

Pandémie !

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puis qu’il faut l’appeler par son nom),

Capable d’enrichir en un jour l’Archeron,

Faisoit aux animaux la guerre.

Ils ne mourroient pas tous, mais tous estoient frappez.

La Fontaine ouvre le tome deux de ses Fables par ce texte, prémonitoire s’il en est. Même si le propos, (et la morale : Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir), qui demeure lui aussi d’une puissante actualité, est avant tout terriblement politique,  ne payons nous pas en ce moment « les crimes de la terre » : croissance folle, échanges vertigineux de marchandises inutiles, tourisme qui a tué le voyage ?

En ces temps de pandémie, tu te demandes certainement quoi lire si tu retrouves en quarantaine. C’est bien pour cela que je reprends le fil de ce blog laissé en jachère pendant près d’une année.

La pandémie est un thème classique de romans souvent sans consistance, mais non sans zombis, de science-fiction. La liste est aussi longue qu’ennuyeuse.

Robin Cook, le spécialiste américain du polar médical, à ne pas confondre avec son homonyme, romancier anglais de polars venimeux et vigneron français un temps, à la casquette aussi vissée sur le chef que la clope à son bec, prématurément disparu, et qui, un soir passé à parler de Jack l’éventreur en buvant des bières, m’écrivit cette dédicace en un français malgré tout meilleur que mon anglais : Hugues, ça me fait toujours plaisir rencontrer un lecteur fidèle, bien à toi. Robin. Grenoble le 15.X.1988 ; Robin Cook , l’autre donc, a écrit en 2018, Pandémie. Un succès sans soucis, certainement déjà acheté par les Major d’Hollywood, pour un livre médiocre de l’avis de ses lecteurs.

Une quarantaine, quelle aubaine ! Tu vas pouvoir relire La Peste d’Albert Camus, découvrir Le Journal de l’Année de la Peste de  Daniel Defoë, (j’ai adoré), L’Amour au Temps du Choléra de Gabriel Garcia Marquez !

Quant à Robin Cook, le doué, dandy anglais, ex-truand, à l’écriture acérée, lis donc Comment Vivent les Morts ou Les Mois d’Avril sont Meurtriers.

 

 

 

Accidents de voiture.

Crash J-G Ballard. Anticipation érotique torride de taules tordues et de mécaniques fumantes dont Cronenberg fit une adaptation venimeuse et cinématographique avec Rosanna Harquette en boiteuse inox et sexy.

 

Facel Vega : élégante voiture française conçue par Jean Daninos, frère de l’écrivain, Pierre, qui enchanta mon enfance, et qui brouilla en 1960 dans un geste absurde évidemment le jeune prix Nobel, Albert Camus.

 

Françoise Sagan, géniale toxico, auteur à 17 ans de Bonjour Tristesse, (tu dois lire cette fulgurance adolescence) se crashe peu après avec sa voiture de sport. Elle écrit Toxique dans son lit d’hôpital, dans les brumes de la morphine, qu’elle ne quittera pas. Ca ne l’empêchera pas de conduire à toute vitesse toute sa vie.

 

En 2011 le prix Fémina échut à Simon Liberati pour son récit ,assez mal écrit, de la mort de Jayne Mansfield, décapitée dans un accident de voiture. Malgré sa brièveté, le texte distille une telle haine pour son personnage, un tel mépris pour la féminité, certes exacerbée, de la starlette, que je n’ai pu le terminer.

Romans d’amour

 

Qui ne sont pas des romances. encore moins du Marc Levy. Parce que, comme le chante les Rita Mitsouko, les histoires d’amour finissent mal, en général.

 

Belle du Seigneur Albert Cohen

Je l’ai lu en 1981. La raison en est simple, Mitterrand venait d’être élu.

Mitterrand me fascinait. Notre génération n’était pas dupe et son coté florentin, Raminagrobis dévorant belette de droite et lapin de gauche, mais un président écrivain et amis des écrivains, cela m’allait tout à fait. Peu de temps après son élection un journaliste lui demanda quels étaient ses livres préférés. Question qui paraitrait complètement incongrue aujourd’hui, et dont le pluriel en embarrasserait plus d’un homme politique actuel. Mitterrand cita entre autre Jacques Chardonne, Marguerite Duras , (deux univers bien opposé !)et Belle du Seigneur de Cohen ! 600 pages de passion amoureuse. Le plus beau des romans d’amour, (avec Tendre est la nuit, d’accord), le plus terrible, le plus drôle, le plus attachant. Je me rêvais Solal, je cherchais mon Ariane, prêt à partir pour Genève pour séduire une protestante. Je l’ai offert à Caroline l’été de notre rencontre parce qu’elle est protestante, drôle, et que j’espérai devenir son Solal, si elle le voulait bien.

 

Tendre est la nuit Francis Scott Fitzgerald

Il faut le lire parce que c’est une des plus belles et terribles histoire d’amour ; Parce que la construction romanesque est remarquable ; parce que l’écriture de Fitzgerald est à la fois virile et poétique, subliment belle ; parce que c’est un livre fondateur d’une grande partie de littérature contemporaine américaine et que l’on ne peut comprendre Canada de Richard Ford ou Breat Easton Ellis sans l’avoir lu. Et enfin, très narcissiquement, parce que cela parle de psy, de cliniques Suisses où l’ombre de Jung et Freud plane.

 

Fragment d’un discours amoureux Roland Barthes. Ce n’est pas un roman d’amour. Mais Barthes parle si justement de la passion amoureuse, de l’attente, de la lettre, de la jalousie, convoquant, ça et là, avec élégance et concision les plus beaux romans d’amour de la littérature dont

Les Souffrances du Jeune Werther de Goethe, le Rouge et le Noir de Stendhal et La Recherche bien sûr.

Pourquoi lire des livres

…Plutôt que des ebook, des ordi, ou ce que l’on va inventer ?

 

Parce que comme le souligne Umberto Eco, le meilleur, et le plus ancien, des supports durables est le papier. Aujourd’hui encore, sans aucun soucis tu peux lire une édition originale des Caractères de La Bruyère, et certainement, avec un peu d’entrainement en latin, un incunable de la fin du moyen-âge. Par contre je te mets au défi de lire le texte contenu sur une disquette souple de 1980, un livre conservé sur « ZIP » en 1985…

Parce que un livre peut être trempé, et tu peux le lire encore. Couvert de sable, de terre, et encore lisible.

parce que tu peux le remplir d’annotations, le lire caché sous tes draps, le lire couché, debout dans le métro, en douce sous ta table de classe…

Parce qu’un livre n’a pas besoin d’électricité, de piles, de téléchargement ; il n’a besoin de rien d’autre que de lui. Le livre se suffit à lui-même.

Parce qu’un livre ce n’est pas qu’un texte, c’est du papier, l’effort de l’imprimer, le choix d’une typo, une couverture, une jaquette, une préface, du carton, de l’encre, du papier chiffon, du venin, du papier bible, ou du papier jauni,  du cuir parfois, de la soie pour le signet, de l’or pour le lettrage de la tranche, des fautes, des choix, les fulgurances artistiques de celui qui l’a conçu, des images sur une couverture, un texte en 4eme…

Parce que pour un même texte, il existe des livres à 2 euros et des livres très beaux, des livres illustrés, des livres imprimés avec soins, avec une préface savante, des bois gravés, des lettrines travaillées, des typographies sophistiquées, des dédicaces prestigieuses…. Regarde dans ma bibliothèque Lili, j’ai une éducation sentimentale en édition de poche, acheté d’occasion 3 ou 4 Francs quand j’avais 20 ans, Une édition « Portique » relié en cuir, sur papier Bible, avec un superbe travail de typographie des années 50, et une vieille édition qui se délite, perd ses pages, mais que j’aime bien. J’ai lu les trois, dans des moments différents de ma vie, et de manière très différente à chaque fois.

Parce que on peut donner un livre de sa bibliothèque à un ami qui le désire et ce, d’un geste. Juste le temps d’écrire un mot sur la première page.

Parce que on peut voler un livre à ses hôtes, surtout si durant le repas ils n’ont pas voulu parler littérature avec toi.

Parce qu’on peut lire les livres d’un autre et le sentir vivre, même s’il a disparu depuis longtemps.

livres d’enfance 1 : livres qui m’ont fait rire aux larmes, seul sous mes draps.

Quand je tente de faire la liste de tout ce que j’ai lu enfant, j’en suis affolé : Je devais lire un livre par soir ! Certainement en sautant la moitié des passages pour nombreux, et en relisant d’autre sans jamais me lasser. Particulièrement les livres qui me faisaient rire : J’avais un faible pour « l’humour british », le pince sans rire…

 

Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome est le livre que j’ai le plus relus de ma vie. J’en connais encore aujourd’hui certains -courts- passages par cœur. Chaque fois que j’avais le blues, que je me sentais incompris par mes parents, et c’était fréquent, ou par mes camarades de classe, que j’étais amoureux mais souffrais de ne pouvoir le dire, je relisais cette épopée drolatique de trois « gentlemen » sur la Tamise, pleurant à force de vouloir retenir mes rires pour ne pas déranger mon frère qui dormait dans la même chambre que moi au récit de l’oncle Henry accrochant un tableau, ou de l’ouverture d’une boite de thon, ouverture impossible bien entendue. Je me rêvais anglais, flegmatique et drôle, élégant et « en weekend », car dans la même veine, j’ai dévoré les aventures de Jeeves, le valet de chambre de l’inconséquent lord Bertie.

P. G. Wodehouse me faisait hurler de rire à la plus grande inquiétude de ma famille qui me croyait endormi dans un transat sous le platane de notre maison de vacances.

Ma trilogie anglaise se complétait par les fameux Carnets du Major Thomson, inventé en 1954 par Pierre Daninos, un français dont je connaissais l’image un peu surannée, en costume cravate, mais aussi avec le sourire malicieux de ces années insouciantes, semblable à celui de l’équipe du « petit rapporteur », Jacques Martin et Pierre Desproges en tête, mes idoles du moment à la télévision, et qui dans les années 70 me faisaientt rire à coup sûr.

Ego sum ou Moi Je

 

On a pas attendu la niaiserie de l’autofiction pour écrire sur soi, et sur soi-même. Et souvent de manière magistrale. Une inclination profonde m’a toujours porté vers les récits du moi, les correspondances, les journaux intimes. J’en ai même fait mon métier ; j’aime recevoir les confidences, traquer l’intime, dévoiler l’inconscient derrière le texte.

Dans l’ordre de mes préférences je mettrai :

Même si Madame Bovary, c’est lui, Flaubert se découvre avec délectation dans sa Correspondance. Homme plume suant le substantif et le verbe, polissant sa phrase pendant des semaines parfois, amoureux, il se dérobe à sa Louise poétesse, mais demeure gaillard et vert avec ses amis, et surtout Flaubert déteste les bourgeois avec férocité et drôlerie. Correspondance d’un génial gueulard, quatre tomes en Pléiade qui se lisent comme du Dumas.

Les Confessions de Jean-Jacques, Rousseau bien sûr et le tome un avant tout.

Fusée et Mon Cœur Mis à Nu de Charles Baudelaire. C’est court, féroce, efficace. Désespéré et boutiquier, génial et petit.

Roland Barthes par Roland Barthes. Parce que c’est Roland Barthes et qu’il parle si bien du ciel lavé du Sud Ouest, de Proust, du désir d’écrire et de sa contrariété.

Notes de Chevet de Sei Shonagon. Blog, ou compte insta, d’une ado japonaise espiègle, libre et délicatement juste. En fait, publié au Xème siècle.

Mémoires d’Outre-Tombe, Chateaubriand. Récit d’aventure, romantisme, passage d’un monde à un autre, François-René ne se prend pas pour de la merde mais qu’est ce qu’il écrit bien !

Journal de Kafka. Franz est sacrément désespérant, mais avec quelle classe.

Pour en finir avec Eddy Bellegueule. Ouah, court uppercut d’un jeune homme mal né et particulièrement brillant.