Sud Amérique

Comme tout adolescent de ma génération, j’ai dévoré Cent ans de Solitude de Gabriel Garcia Marquez. Je ne garde que le souvenir absolument jubilatoire de la lecture, je ne pourrais rien te dire de l’intrigue. Même si je suis certain que quelque part dans ma mémoire le livre s’est à jamais imprimé, je suis triste comme quand on brise un objet qui nous était cher, que l’on perd un bijou sentimentalement marqué. Bien entendu, je pourrais le relire comme l’objet peut être racheté, le bijou reconstruit à l’identique. Mais ce ne sera jamais le même, l’objet sera sans âme, le bijou éternellement terne, et Gabriel Garcia Marquez me paraîtra être un écrivain génial, un prix nobel mérité,un livre indispensable… rien de plus… La magie se sera effacé en comblant le vide du souvenir… (Je me souviens juste que certaines circonstances sexuelles, probablement interdites, faisait naitre des enfants avec des queues de cochons.)

Les deux autres piliers de la littérature sud-américaine sont l’argentin Borges et le péruvien Mario Vargas Llosa.

Je ne sais plus si c’est Michel qui m’a poussé à lire Borges ou si je l’avais découvert avant notre amitié. Mais je ne pouvais ensuite ne pas le lire et surtout l’aimer, tant Michel le vénérait et me transmit sa passion.

Tu te souviens que son fils aimait moquer Michel de l’incipit du livre très savant qu’il lui avait consacré : « Ce siècle est borgésien. » Une gentille moquerie, car comme Michel l’écrit, Borges à l’égal de Proust, Kafka ou Joyce a changé le cours de la littérature,  a ouvert des voies inédites. Des voies qui ressemblent aux chemins d’Eicher, ce graveur allemand où les escaliers qui descendent d’une tour finissent par arriver à son sommet.

Borges promène son regard aveugle sur les livres, – car il était vraiment devenu aveugle, ce qui permet à moultes écrivains de s’enorgueillir, sans qu’on en sache vraiment la véracité, d’avoir été un des nombreux « lecteurs » de Borges, (Borges se faisait lire des livres).

Il a écrit des nouvelles étranges, Fictions, L’Aleph. De petites merveilles d’intelligence malicieuse, avec leur mise en abime littéraire et une écriture ciselée.

Et puis c’est court ! Rien que pour cela, il serait ridicule de bouder le plaisir de les lire. Tu noteras que Zafon, celui de l’Ombre du Vent, rend hommage au maitre argentin, bibliothécaire aveugle de Buenos Ares qui écrivit tant sur des bibliothèques imaginaires.

 

Dans le bureau de Michel, il y avait cette photo touchante où on le voyait en compagnie d’un vieux monsieur, « Bioy » comme il aimait le nommer. Adolfo Bioy Casares, le playboy des lettres argentines, l’ami de Borges, photographié lorsque celui-ci fit le long voyage de Buenos Aires pour venir à Grenoble, et y recevoir son titre de Docteur Honoris Causa.

En 1940, Bioy publie un étrange roman fantastique qui intriguera des génération de lecteurs : L’invention de Morel. Je t’invite à le lire, histoire de comprendre que Stephen King, c’est quand même le hamburger de la littérature. (Tu sais que je ne crache pas sur un macDo, mais il existe des plats plus raffinés.)

Michel me transmit sa passion de la littérature argentine en me faisant découvrir Cesar Aira, en chair et en encre. Cesar, son ami, dont il a traduit tous les livres, avec qui tu as eu le privilège d’être prise en photo, encore toute petite. Cesar demandait souvent de tes nouvelles à Michel quand celui-ci, quittant sa tanière protectrice, partait aux antipodes vers l’Argentine. Je pense qu’il te trouvait drôle, espiègle, ou simplement, il sentait combien Michel et Ana t’aimaient. Je crois même que tu apparais  dans un de ses livres de manière fugace… Tu ne peux donc que lire ce grand type fantasque, juvénile et solaire dont les romans sont à son image.

 

Comment suis-je un jour tombé sur le livre de Mario Vargas Llosa, Tante Julia et le scribouillard, je n’en ai plus le souvenir. Ta grand-mère te dirait certainement que c’est ELLE qui me l’a fait connaître, alors que je suis persuadé que ce fut l’inverse. Impossible de savoir car je n’ai plus le livre pour y déceler quelques indices ; à l’époque, Etudiant, je n’avais pas trop d’argent et je lisais les livres de la bibliothèque. Je sais que nous avons tous deux, ma mère et moi, adoré ce roman, drôle, enlevé. Quelques années plus tard, dans une indifférence critique générale, une adaptation cinématographique pas si mauvaise que ça en a été donnée. Avec Peter Falk, l’inspecteur Colombo, dans le rôle du scribouillard.

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