La bibliothèque de mon père

 

Je suis né 15 ans après la Guerre. Je réalise aujourd’hui combien cela est proche. 15 ans ! Moins que le temps, si bref, qui s’est écoulé depuis ta naissance.

La guerre était partout, dans les films, c’est le temps de la grande vadrouille, dans les récits de mes grands-parents – Ah les noirs américains sur leur Jeep, jetant des chewingum et du chocolat aux enfants. On parlait moins des allemands et encore moins des juifs – dans les livres que je lisais. Je rêvais, comme tout garçon de 10 ans d’être chevalier, mais pour moi la Chevalerie s’incarnait dans la Royal Air Force et je me voyais aux commandes d’un Spitfire, « descendant » des « boches » dans des combats aussi virils que victorieux mais néanmoins loyaux. Mon livre de chevet, que mon père m’avait passé, était Le Grand Cirque de Pierre Clostermann. Un pilote français parti se battre en Angleterre et qui avait appelé son avion »le grand Charles » en hommage à De Gaulle. Je l’ai lu et relus, pleurant avec lui que la guerre soit finie sur l’aile de mon avion…

J’ai appris à lire avec les livres de mon père. Ses livres étaient la seule chose que nous connaissions de son enfance. Avec une cuillière en argent avec son nom, vestige, avions-nous compris à force d’allusions, à un séjour en pension. Aussi mystérieux qu’angoissant pour nos imaginations d’enfant.

De son enfance, nous ne savions rien.

Celle de ma mère m’était connu, ma grand-mère avec qui je passais toutes mes vacances me l’aillant très souvent conté, pour mon plus grand plaisir.

Je comprenais obscurément qu’il les avait trimbalé de lieu en lieu, comme un trésor, pour qu’il finisse dans une bibliothèque, coincée dans le cagibi obscur de notre maison de Rives. Il y avait là des Bibliothèques Vertes, des romans policiers, des romans de science fiction ; je pense les avoir tous lu avant 15 ans, même ceux de la « Série Blême » qu’il avait caché en deuxième ligne et que j’avais interdiction d’ouvrir au risque de faire des cauchemars.

Il y avait aussi « Histoire d’O » le roman érotique et scandaleux de Pauline Réage. A ma grande déception, je n’avais pas eu aussi peur que cela, et Histoire d’O m’avais profondément ennuyé (mais c’est un chef d’oeuvre je pense).

J’ai lu frénétiquement Jules Verne, Jack London et Feminore Cooper, Robinson Crusoe et ses avatars, (j’ai adoré Robinson Suisse…), Lu et relu L’Ile au trésor en tremblant de peur, terrorisé à l’idée d’être frappé par la marque noire. J’avais à cette âge une phobie étrange, celle des lépreux et leur crécelle, cet instrument qu’ils agitaient au Moyen-âge pour prévenir de leur présence difforme. Les récits de Lépreux m’avaient tant frappé que je craignais continuellement d’en croiser et d’être anéanti par l’horreur de la vision de leurs yeux vides, de leurs membres amputés et bouches noirâtres… Je risquai cependant peu d’en trouver à Rives sur Fure, petit bourg tranquille du Dauphiné, qui plus en est en 1970. Mais cela ne m’empêchait pas d’entendre le bruit de leur crécelle et de marchait alors à pas accélérés vers mon école, le dos raide, sans surtout me retourner.

 

Il y avait donc dans cette bibliothèque de mon père ces « bibliothèque verte », ces polars, Série Noire, papier jaunie d’après guerre, encre un peu baveuse, gout de souffre et d’interdit, ses romans de science fiction dans leur superbe édition « présence du futur », des romans d’aventure, des récit de voyages et même des « signes de piste ». Le Prince Eric, sur les couvertures, me semblait un peu trop effeminé pour que ces recits de scouts valeureux et bon camarade, deux qualités que je n’avais pas, m’intéresse.

C’est là que j’ai découvert la série consacrée au pilote de la RAF Biggles. J’ai du relire des dizaine de fois Le bal des spitfires. Et encore aujourd’hui je ressent en moi la vibration du moteur du chasseur qui s ‘ébroue, dans le petit matin humide d’un aéroport sur la cote anglaise, comme si c’était moi qui portait le casque de cuir. la camaraderie virile, les valeurs fortes et nobles de Biggles, furent secrètement les miennes pendant des années. Sans trouvé de lieux pour vraiment s’exprimer, en ces temps plutôt babacool et post soixantehuitard.

Aucun héros ne m’a plus passionné, aucune aventure ne m’a plus transporté que celle du pilote Biggles, du commando « King » écrit par le « Captain W. E. Johns », un ancien pilote de chasse. Je me souviens des couvertures aux couleurs délavées, frappé d’un dessin stylisé de deux avions et de ce mot « spitfire » qui explosait dans mon esprit en un nuage de kérosène et de puissance, de courage et d’humour.

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