Autant en Emporte le Vent de Margaret Mitchell
Les Milles et une Nuits (en Pleïade)
le Journal de Franz Kafka
Les Misérables de Victor Hugo
Autant en Emporte le Vent de Margaret Mitchell
Les Milles et une Nuits (en Pleïade)
le Journal de Franz Kafka
Les Misérables de Victor Hugo

Jules Maigret, commissaire à la PJ.
Zuckermann, petit juif newyorkais obsédé par les grandes blondes, – comme moi.
Tintin, reporter puis rentier.
Gatsby, magnifique dans son costume rose pale.
Julien Sorel, lisant caché dans une grange.
Solal, beau et aimé.
Robinson Crusoé, enfin seul!
Swann, poussant le portillon grinçant du temps perdu.
Un bon titre, c’est déjà toute une aventure, un haiku de quelques mots.
Céline, quel maitre : Mort à Crédit, Voyage au bout de la nuit, D’un château l’autre… Il faut bien le reconnaître, Bagatelle pour un Massacre, c’est du grand art, de la poésie brute si le livre ne puait pas autant.
Julien Gracq a toujours des titres magnifiques : Les Terres du Couchant, En lisant en Ecrivant, Les Eaux Etroites…
Les grands livres ont souvent de grands titres. Sauf peut-être Flaubert. Madame Bovary, c’est un peu plat, non ?
Travaille ton titre, n’hésite pas à t’inspirer de ceux que tu aimes.
Je classe mes préférés en,
Intrigants :
Le rivage des Syrtes (Gracq)
Le Ravissement de Lol V. Stein (Duras)
Extension du domaine de la lutte (Houellebecq)
Osés :
Baise moi ! (Despente)
Poétique :
Tendre est la nuit (Fitzgerald)
Tandis que j’agonise (Faukner)
A la Recherche du Temps Perdu (Proust)
L’insoutenable légèreté de l’être (Kundera)
En arrivant en Suisse, je savais que je trouverai du chocolat, des paysages comme dans Heidi, plein de sortes de fromages, et certainement des livres et des écrivains.
D’abord Simenon, qui bien que belge, globetrotter, baiseur compulsionnel, fini ses jours à Lausanne, fumant plus de 300 pipes qu’il acheta rue de Bourg, lutinant sa bonne et crevant de trouille devant le moindre microbe.
Et puis Jean-Jacques ! Lili, il faut que tu lises Rousseau, sans penser à ce qu’on t’appris à l’école, sans te dire, cela doit être compliqué puisque c’est vieux ! Jean-Jacques parle de lui comme peu d’hommes ont osé le faire et pu le dire.
Je n’oublie pas Albert Cohen, ni Nicolas Bouvier dans mon panthéon helvète. Philippe Jaccottet, poète a qui l’on doit une superbe traduction de l’Odyssée. Madame de Staël- dommage qu’elle se prénomme Germaine, ça enlève du charme- et Isabelle de Charière dans mes belles dames du temps jadis.
Mais Jean-Jacques, Jean-Jacques est le plus grand, le plus torturé, le plus touchant des écrivains franco-suisses. Il repose quand même au Panthéon, pas trop loin de Voltaire ; il doit y avoir de l’ambiance, la nuit, entre spectres !
Et puis, notre petit chéri, le playboy (trop) doué, Joël Dicker. Bien sûr la critique, surtout française, l’assassine ; elle n’a jamais rien compris à la pop culture. Les critiques français aiment l’entre-soi, ambiance mariage pour tous, canal saint-Martin, autofiction et littérature de normalien. Ils ont dénié reconnaître Houellebecq écrivain du bout de leur snobisme quand il a eu le Goncourt, et encore, il est « de droite », infréquentable donc.
Je suis né 15 ans après la Guerre. Je réalise aujourd’hui combien cela est proche. 15 ans ! Moins que le temps, si bref, qui s’est écoulé depuis ta naissance.
La guerre était partout, dans les films, c’est le temps de la grande vadrouille, dans les récits de mes grands-parents – Ah les noirs américains sur leur Jeep, jetant des chewingum et du chocolat aux enfants. On parlait moins des allemands et encore moins des juifs – dans les livres que je lisais. Je rêvais, comme tout garçon de 10 ans d’être chevalier, mais pour moi la Chevalerie s’incarnait dans la Royal Air Force et je me voyais aux commandes d’un Spitfire, « descendant » des « boches » dans des combats aussi virils que victorieux mais néanmoins loyaux. Mon livre de chevet, que mon père m’avait passé, était Le Grand Cirque de Pierre Clostermann. Un pilote français parti se battre en Angleterre et qui avait appelé son avion »le grand Charles » en hommage à De Gaulle. Je l’ai lu et relus, pleurant avec lui que la guerre soit finie sur l’aile de mon avion…
J’ai appris à lire avec les livres de mon père. Ses livres étaient la seule chose que nous connaissions de son enfance. Avec une cuillière en argent avec son nom, vestige, avions-nous compris à force d’allusions, à un séjour en pension. Aussi mystérieux qu’angoissant pour nos imaginations d’enfant.
De son enfance, nous ne savions rien.
Celle de ma mère m’était connu, ma grand-mère avec qui je passais toutes mes vacances me l’aillant très souvent conté, pour mon plus grand plaisir.
Je comprenais obscurément qu’il les avait trimbalé de lieu en lieu, comme un trésor, pour qu’il finisse dans une bibliothèque, coincée dans le cagibi obscur de notre maison de Rives. Il y avait là des Bibliothèques Vertes, des romans policiers, des romans de science fiction ; je pense les avoir tous lu avant 15 ans, même ceux de la « Série Blême » qu’il avait caché en deuxième ligne et que j’avais interdiction d’ouvrir au risque de faire des cauchemars.
Il y avait aussi « Histoire d’O » le roman érotique et scandaleux de Pauline Réage. A ma grande déception, je n’avais pas eu aussi peur que cela, et Histoire d’O m’avais profondément ennuyé (mais c’est un chef d’oeuvre je pense).
J’ai lu frénétiquement Jules Verne, Jack London et Feminore Cooper, Robinson Crusoe et ses avatars, (j’ai adoré Robinson Suisse…), Lu et relu L’Ile au trésor en tremblant de peur, terrorisé à l’idée d’être frappé par la marque noire. J’avais à cette âge une phobie étrange, celle des lépreux et leur crécelle, cet instrument qu’ils agitaient au Moyen-âge pour prévenir de leur présence difforme. Les récits de Lépreux m’avaient tant frappé que je craignais continuellement d’en croiser et d’être anéanti par l’horreur de la vision de leurs yeux vides, de leurs membres amputés et bouches noirâtres… Je risquai cependant peu d’en trouver à Rives sur Fure, petit bourg tranquille du Dauphiné, qui plus en est en 1970. Mais cela ne m’empêchait pas d’entendre le bruit de leur crécelle et de marchait alors à pas accélérés vers mon école, le dos raide, sans surtout me retourner.
Il y avait donc dans cette bibliothèque de mon père ces « bibliothèque verte », ces polars, Série Noire, papier jaunie d’après guerre, encre un peu baveuse, gout de souffre et d’interdit, ses romans de science fiction dans leur superbe édition « présence du futur », des romans d’aventure, des récit de voyages et même des « signes de piste ». Le Prince Eric, sur les couvertures, me semblait un peu trop effeminé pour que ces recits de scouts valeureux et bon camarade, deux qualités que je n’avais pas, m’intéresse.
C’est là que j’ai découvert la série consacrée au pilote de la RAF Biggles. J’ai du relire des dizaine de fois Le bal des spitfires. Et encore aujourd’hui je ressent en moi la vibration du moteur du chasseur qui s ‘ébroue, dans le petit matin humide d’un aéroport sur la cote anglaise, comme si c’était moi qui portait le casque de cuir. la camaraderie virile, les valeurs fortes et nobles de Biggles, furent secrètement les miennes pendant des années. Sans trouvé de lieux pour vraiment s’exprimer, en ces temps plutôt babacool et post soixantehuitard.
Aucun héros ne m’a plus passionné, aucune aventure ne m’a plus transporté que celle du pilote Biggles, du commando « King » écrit par le « Captain W. E. Johns », un ancien pilote de chasse. Je me souviens des couvertures aux couleurs délavées, frappé d’un dessin stylisé de deux avions et de ce mot « spitfire » qui explosait dans mon esprit en un nuage de kérosène et de puissance, de courage et d’humour.
Surtout si comme moi tu n’as pas l’âme aventurière, mais seulement le goût du voyage et de la découverte, voici quelques récit d’aventure humaine qui ont bercé mon enfance, ma jeunesse et maintenant mon âge mur :
Le premier, L’odyssée Homère. Ulysse père de tous les marins et aventuriers à venir.
L’Expédition du « Kon-Tiki » : Sur un radeau à travers le Pacifique de Thor Heyerdahl. Avant les spécialistes de la survie, des nordiques un peu fous et très jeunes décident de traverser le pacifique sur un radeau !
L’Usage du Monde Nicolas Bouvier
Nicolas Bouvier écrit merveilleusement bien. Nous avons tous rêvés sa liberté, ses rencontres, son regard sur l’humain. L’sage du monde s’ouvre, puis se referme, quand le monde nous parait glauque et petit, entre temps la magie de sa langue a agit.
J’ai adoré les récits terrifiants des navigateurs solitaires ou des alpinistes à la conquête des sommets. La mort, la peur, l’humilité face à la nature, le dépassement de soi, aucun romancier aussi talentueux soit-il ne peut le traduire comme Maurice Hertzog à l’assaut de l’Annapurna, Alain Bompard sur son radeau…
Depuis mes 12 ans, et mes débuts en dériveur, je lis et relis avec la même passion Le guide des Glénans. Les nœuds marins, la météo et les courants, la liste des objets indispensables à une traversée de l’atlantique, sont déjà des moments d’aventure. Fascinant.
Les 3 tomes du Catalogue du Vieux Campeur, une de mes lectures préférées.
Marcel Proust Le plaisir de la lecture
Comme quoi, Marcel peut être court, fabuleusement vrai, et toujours aussi narcissique. Jouissif apologie d’un plaisir solitaire que j’ai partagé en l’offrant à des femmes de lettre désirées pour leur cul.
Basho La sente étroite du bout du monde
Pendant des décennies, Basho, le maitre du haïku, tout le monde connaît celui de la grenouille – Un vieil étang / la grenouille plonge / bruit de l’eau – poliça ce simple récit de voyage pour ne garder que l’essence intemporelle de l’éphémère.
Tu lisais Zafon, l’Ombre du vent et certainement à cause de son Cimetière des Livres Oubliés tu me posas cette question, que dois-je lire, absolument ?
J’ai horreur des « il faut », « tu dois » en général, encore plus pour les livres. Je n’ai, durant toute ma vie, lu que par plaisir, à quelques exceptions universitaires près. J’ai lu passionnément, souvent goulument, surtout enfant, plus tard en gourmet. J’ai lu des nuits sans sommeil transporté par le romanesque d’un récit. J’ai lu à être ému jusqu’aux larmes d’une phrase, d’une tournure, d’une construction. J’ai lu tout et n’importe quoi, le pire et certainement le meilleur, sachant reconnaître l’un de l’autre au fil du temps.
Je n’ai pas fait d’études de lettres, j’y avais un instant pensé, pour ne pas « devoir » lire tel ou tel, soit parce que je le vénérais et craignais d’édulcorer cet amour à force d’analyse, de devoir disséquer un texte devenu cadavre alors que seul la palpitation de la phrase me fait vivre. Je craignais l’ennui qui se dégagerait de certaines lectures. Non qu’un livre puisse m’ennuyer, cela me semble impossible, mais chacun à son temps, son lieu, son rythme, le plus souvent secret et découvert que dans l’après-coup. L’obligation nous ligoterait dans un amour contraint que je refuse.
Donc, ma Lili, je ne sais ce que tu dois lire ; et encore moins ce que tu peux lire. Tu me rappelais en riant que je t’avais conseillé de lire L’Amant de Duras à 15 ans, livre érotiquement torride sans conteste. Mais n’est-on pas érotiquement torride et surtout érotiquement littéraire à 15 ans ?
On peut tout lire et à tout âge, le livre sera simplement différent à chacune de nos lectures.
Autrefois (autrefois voulant dire dans la bouche d’un homme de mon âge, avant internet) il y avait des traités de littérature. Ceux de l’école, le Lagarde et Michard, qui datait déjà un peu quand j’étais ado, des anthologies de textes, de poèmes. Je ne conteste pas leur utilité. Aujourd’hui, à l’heure du web comme disent les média, il y a les listes : les cents livres qu’il faut avoir lu, les cent chef-d’œuvre de la littérature, mondiale (mais fonction du pays où elle est conçue), nationale, régionale…
J’ai toujours été un explorateur, du moins pour les livres !, mais un explorateur qui n’aime pas les guides de voyages. Je préfère avant tout découvrir sans boussole les bibliothèques, humer les livres, les sortir, me réjouir de leur présence, m’étonner, me dégouter.
Les livres, du moins la littérature, ou pour parler savant, le logos, sont les seules défenses que nous pouvons opposer à la folie meurtrière et destructrice de l’homme dont nous voyons chaque jour qu’elle renait, se développe et progresse. Les mots, et particulièrement les mots écrits, récits, roman poésie, théâtre, scénario de film, essais forment de modestes briques, les livres. En les lisant, en les écrivant, nous construisons, lecteur et écrivains, une muraille face à la destructivité. Une destructivité consubstantielle à l’homme je le crains fort.
Lili, le jour où peut-être tu iras voir un psychanalyste pour parler de toi, évoquer tes parents, la douleur de leur divorce, ta timidité, ton adolescence compliquée (la mienne le fut aussi, je t’en assure), l’amour dévorant de ton père et, à un moment ou un autre, ton amour des livres, il ne pourra s’empêcher de te dire, l’air entendu, « Lili, Lit, lit ! il ne faut pas vous étonner d’aimer lire puisque cet impératif est doublement présent dans votre nom ». Facile, lui répondras-tu, et c’est bien le problème d’avoir un père psy, il me l’a déjà dit, et même écrit dans son Anti-traité de littérature.
Pourquoi ce prénom ? En l’évoquant avec ta mère, j’avais découvert qu’il avait été porté par deux femmes d’exception du XXème siècle : Lili Boulanger, compositrice de musique classique, morte à 25 ans de la grippe espagnol en 1918, sœur de Nadia, la plus célèbre des professeur de piano. Lili Brik, elle décédée en 1978 à 87 ans. Sœur d’Elsa Triolet, la femme d’Aragon, femme du poète russe Maïakovski, le type au crane rasé et au regard inquiétant que l’on rencontre dans traité de littérature, et de trois autres maris… elle vivra un ménage à trois, verra son deuxième mari fusillé. Russe, Lili c’est la lumineuse, la séductrice, la muse. Une vie pleine de vie, de bruit et de fureur. Regarde un peu.
Lili et Maïakovski qui porte une casquette et donc on ne voit pas qu’il a le crâne rasé.
Des lili, il y en a certainement eu d’autres ; j’ai acheté un disque de « Lili Kraus » peu de temps après ta naissance. Superbe interprétation de Schubert. Sur la pochette, une dame un peu âgée avec un dentier rutilant et des étoiles sur une robe…
Fondamentalement, ton prénom est lié à lecture, bien plus qu’à la pureté du Lis. Je ne l’ai réalisé que bien plus tard. Bien après avoir écrit ce conte que je te contais, quand tu étais bébé, le soir pour t’endormir : La princesse sans Nom. L’inconscient, fait que nous ne voyons pas les évidences. C’est ce que raconte Lacan dans son séminaire sur la lettre volée. Peut-être liras-tu Lacan un jour, si on le lit encore, et tu comprendras que les ruses de l’inconscient font que les choses importantes ne sont pas que enfouies, comme le disait Freud avec son allégorie du psychanalyste archéologue ; elles peuvent être là, bien en évidence devant nous sans jamais que nous ne l’ayons remarqué. Comme un tableau devant lequel on passe chaque jour, un peu indifférent, sans en remarquer que c’est un Rembrandt. Ou ces troncs de colonne antiques qui ont servi à construire des maisons et qu’on distingue plus du bati plus moderne jusqu’au jour où le regard s’arrête, l’esprit s’interroge et réalise : Mon dieu, mais c’est bien sûr !